AIP/ Octobre Rose: en Côte d’Ivoire, le dépistage précoce se dresse comme un rempart contre les cancers du sein et du col de l’utérus (Feature)
Par MARYAM COULIBALY / 20 octobre 2026 à 13:46 / il y a 23 heures / Temps de lecture : 7 minAbidjan, 20 oct 2026 (AIP) – Briser le silence, dépasser la peur et consulter avant l’apparition des premiers symptômes. C’est le message porté le mardi 20 octobre 2026 au Conseil hévéa-Palmier à huile-Coco (CHPC), à Abidjan Cocody, lors d’une journée de sensibilisation et de dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus, organisée dans le cadre de la campagne « Octobre Rose ».
Derrière les chiffres, des vies à préserver, des familles à protéger et des parcours de soins parfois compliqués par un diagnostic tardif. Les cancers du sein et du col de l’utérus demeurent deux préoccupations majeures de santé publique en Côte d’Ivoire, où la sensibilisation, le dépistage régulier et l’accès aux traitements constituent des leviers essentiels pour réduire leur mortalité.
Selon les estimations de l’Observatoire mondial du cancer (GLOBOCAN) pour 2022, la Côte d’Ivoire a enregistré 3 869 nouveaux cas de cancer du sein et 2 360 cas de cancer du col de l’utérus. Ces deux maladies figurent respectivement aux premier et deuxième rangs des cancers féminins dans le pays. Elles ont entraîné, la même année, 2 092 et 1 461 décès, selon les données relayées par les autorités sanitaires ivoiriennes.
À l’échelle mondiale, le fardeau reste également considérable. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’en 2024, environ 2,4 millions de femmes ont développé un cancer du sein et 694 000 en sont mortes. Pour le cancer du col de l’utérus, les estimations mondiales font état d’environ 604 000 nouveaux cas et 280 000 décès au cours de la même année.
Ces données rappellent l’urgence d’une mobilisation qui ne se limite pas au mois d’octobre, mais doit s’inscrire dans les habitudes de prévention et le suivi médical.
Un ennemi silencieux qui impose la vigilance
Lors de la rencontre organisée au CHPC, le médecin du travail, Dr Mélaine Houndjé, a insisté sur le caractère souvent silencieux de ces maladies à leurs premiers stades. Attendre une douleur, une grosseur ou d’autres manifestations inhabituelles avant de consulter peut retarder le diagnostic et compliquer la prise en charge.
« Il ne faut pas attendre d’avoir mal. Il ne faut pas attendre d’avoir une boule. Il faut vous faire dépister », a-t-elle recommandé aux participants.

Pour le cancer du sein, elle a expliqué que la vigilance doit porter sur toute modification inhabituelle, notamment une masse, un changement de forme ou de taille du sein, une rétraction du mamelon, des anomalies de la peau ou un écoulement spontané. Ces signes ne signifient pas systématiquement qu’il s’agit d’un cancer, mais justifient une consultation médicale rapide.
Le dépistage repose notamment sur l’examen clinique et, selon l’âge, les antécédents et l’évaluation médicale, sur des examens d’imagerie tels que la mammographie ou l’échographie mammaire. En présence d’une lésion suspecte, une biopsie peut être nécessaire pour confirmer ou écarter le diagnostic.
La praticienne a également rappelé que les hommes ne sont pas totalement épargnés par le cancer du sein, même si la maladie touche très majoritairement les femmes.
Au-delà du dépistage, certaines habitudes contribuent à réduire les risques, notamment la pratique régulière d’une activité physique, une alimentation équilibrée et la limitation de la consommation d’alcool et du tabac. Ces mesures ne garantissent pas une protection absolue, mais participent à la prévention.
Le cancer du col de l’utérus, une maladie largement évitable
Le cancer du col de l’utérus présente une particularité importante : il est principalement provoqué par une infection persistante par certains types à haut risque du papillomavirus humain (HPV), un virus très répandu transmis notamment lors des contacts sexuels.
Selon l’OMS, presque tous les cas de ce cancer sont liés à une infection persistante par ces papillomavirus. La plupart des infections disparaissent spontanément, mais certaines persistent et peuvent provoquer des lésions précancéreuses susceptibles d’évoluer vers un cancer si elles ne sont pas détectées et traitées.
Dr Houndjé a souligné l’importance des examens de dépistage, notamment le frottis cervico-utérin et les tests de détection du HPV, qui permettent de rechercher des anomalies avant l’apparition des symptômes. Des saignements inhabituels, particulièrement après les rapports sexuels, des pertes vaginales persistantes ou des douleurs lors des rapports doivent également conduire à consulter.

La prévention passe aussi par la vaccination contre le HPV. L’OMS recommande de vacciner prioritairement les filles âgées de neuf à 14 ans, avant le début de leur vie sexuelle, afin de renforcer la protection contre les types de virus responsables de la majorité des cancers du col de l’utérus. Les garçons peuvent également bénéficier de cette vaccination selon les recommandations nationales.
À l’échelle internationale, la stratégie de l’OMS vise, d’ici à 2030, à vacciner 90 % des filles contre le HPV avant l’âge de 15 ans, à dépister 70 % des femmes à l’aide de tests performants et à assurer un traitement approprié à 90 % des femmes présentant des lésions précancéreuses ou un cancer du col de l’utérus.
Ces objectifs reposent sur une approche combinant vaccination, dépistage et prise en charge rapide.
La peur et la stigmatisation, des obstacles aux soins
Au-delà des examens médicaux, la sensibilisation doit contribuer à déconstruire l’idée selon laquelle un diagnostic de cancer équivaut nécessairement à une condamnation à mort.
La détection précoce améliore les possibilités de traitement et les chances de guérison. La prise en charge dépend toutefois du type de cancer, de son stade d’évolution et de l’état de santé de chaque patient. Elle peut associer chirurgie, radiothérapie et traitements médicamenteux.

Dr Houndjé a ainsi insisté sur l’importance du soutien psychologique et de la solidarité de l’entourage, invitant les familles et les collègues à accompagner les personnes malades sans les juger ni les isoler. Le respect de leur confidentialité constitue également un élément essentiel de cet accompagnement.
Représentant le directeur général du CHPC, Edmond Coulibaly, le conseiller technique Ouattara Sinan Ali a, pour sa part, présenté cette initiative comme une action en faveur de la santé et du bien-être du personnel. Il a souligné que la préservation du capital humain est indispensable au développement de l’institution.
La Journée de sensibilisation a été consacrée aux communications sur les deux pathologies, suivies d’une séance de dépistage. Au-delà de cette initiative, le défi demeure celui de transformer la sensibilisation en réflexe durable : consulter régulièrement un professionnel de santé, respecter les recommandations de dépistage adaptées à sa situation et encourager la vaccination contre le HPV. Autant de gestes qui peuvent contribuer à détecter plus tôt les maladies, à améliorer les chances de traitement et à sauver des vies.
(AIP)
cmas