Des Camerounais trouvent la méthode d’amener les élèves à écrire plus lisiblement

Abidjan, 26 jan (AIP)- Un groupe d’enseignants camerounais a mis sur pied une méthode pour permettre aux élèves de mieux former les lettres de l’alphabet afin de soigner leur main d’écriture.

Il s’agit de la méthode “Flores Gong Nota”, du nom de son initiateur, Gong Nota Moussa, instituteur et promoteur d’une école baptisée “Groupe scolaire bilingue Les Flores”. Cet enseignant s’était rendu compte de ce que les enfants, jusqu’aux cours élémentaires 2 (CE2), n’écrivaient pas de manière lisible. Il a alors regroupé en 2010 d’autres instituteurs, des informaticiens et des infographistes afin de trouver des solutions à la mauvaise main d’écriture des élèves, ainsi qu’à la perte de la main d’écriture du fait de la vulgarisation des Technologies de l’information et de la communication (TIC).

Ces techniciens ont procédé à l’analyse des lettres de l’alphabet français et des dix entiers naturels. Ils ont examiné ensuite le rapport de l’enfant à l’écriture et les outils pédagogiques mis à sa disposition. Quelques mois plus tard, est née une méthode d’apprentissage de l’écriture baptisée «Flores Gong Nota».

Cette méthode d’apprentissage consiste en l’utilisation de quatre signes à savoir le trait (I), le crochet (J), la courbe (O) et le point (.). En maniant ces signes, font observer ces chercheurs, l’on obtient toutes les lettres de l’alphabet ainsi que les dix entiers naturels.”Nous avons choisi ces signes pour garder le rapport de l’enfant à son jouet. L’enfant commence toujours par démonter tout ce qui lui passe par la main. Il veut comprendre comment l’objet est fait. Il le décompose avec l’intention de le recomposer après”, explique Gong Nota Moussa.

Pour faciliter la maîtrise de la combinaison de ces signes, les chercheurs ont mis sur pied des outils tels que les ardoises magnétiques, des puzzles, des manuels pour les élèves, des guides d’encadrement pour les enseignants, des logiciels de jeux et des tablettes. Et avec le soutien du ministère de l’Education de base (MINEDUB) du Cameroun, la méthode Flores Gong Nota a été soumise à l’appréciation de 2 165 enseignants au Cameroun et au Tchad. Au final, plus de 90% de ces enseignants trouvent que la méthode est “pratique, simple, ludique et facile”.Cette évaluation a été aussi l’occasion d’ouvrir le débat sur les causes et les conséquences de la mauvaise écriture dans le cursus scolaire d’un enfant.

Quelque 62,2% des enseignants pointent un doigt accusateur sur la didactique de l’écriture telle qu’enseignée à l’Ecole normale des instituteurs de l’enseignement général (ENIEG) au Cameroun , une didactique, qui selon eux, n’est pas “efficace” pour l’enseignement de cette matière dans les écoles. En outre, 11% des instituteurs interrogés jugent insuffisant le temps réservé à l’apprentissage de l’écriture dans les établissements scolaires.
Ce qui n’est pas sans conséquences sur les performances des élèves car pour 93% des instituteurs, l’échec scolaire peut être le résultat d’une mauvaise écriture.

“Face à une mauvaise copie, je suis plus encline à donner à l’enfant une mauvaise note parce que je lis mal ce qu’il a écrit, et puis, c’est fastidieux de se donner trop de peine pour déchiffrer ses réponses. D’où l’intérêt de cette méthode”, témoigne Winnie Ntja, une enseignante. Mais, elle tempère aussitôt. “Je pense que l’écriture est une façon pour chaque enfant d’exprimer sa personnalité , mieux de marquer son empreinte. Il n’est donc pas normal de vouloir mouler tous les enfants dans une seule et même façon d’écrire: l’écriture bâton”.

Qu’à cela ne tienne, Jean Nusi, un des responsables du MINEDUB qui suivent l’évolution de ce programme, indique que le rapport d’évaluation a été fait et déposé à sa hiérarchie qui n’en a pas encore tiré le ses conclusions.
Dans le même temps, la méthode a aussi été soumise à l’appréciation de l’UNESCO et de la Francophonie et ses concepteurs nourrissent le rêve la voir adoptée et appliquée partout en Afrique.

Selon un rapport de l’Institut national de la statistique (INS) publié en mars 2012, la population camerounaise sans instruction est estimée à 23,6%.
Pourtant le décret N° 2001/041 signé par le président de la République le 19 février 2001 introduit la gratuité de l’école primaire sur toute l’étendue du territoire national.

(AIP)

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