Côte d’Ivoire-AIP/ Entre espoirs et promesses, les populations du Hambol et de la Bagoué attendent la desserte d’eau potable (Feature)

Le ministre de l'Hydraulique, Laurent Tchagba explique le bien fondé du projet UCD

Abidjan, 27 juil 2020 (AIP)- Avec une population de 66.581 habitants, la localité de Dabakala (477 kilomètres au Nord d’Abidjan), située dans la région du Hambol a un déficit criant d’eau potable de 80%. Le seul château d’eau construit dans les années 1975 avec une production de 660 m3/j pour un besoin journalier de 3.300 m3 est devenu trop petit.

Du coup, ce sont seulement 15.230 personnes qui bénéficient de la desserte d’eau potable sur 66.581 habitants que compte la capitale du Hambol.

« Le problème d’eau est une réalité ici à Dabakala qui date de très longtemps surtout en saison sèche. La situation est pire. Nous avons un barrage qui est destiné aux riziculteurs mais souvent, les producteurs sont tenus de tout arrêter à cause du manque d’eau. Nous sommes obligés de nous appuyer sur les puits », a décrié le chef de Dabakala, Ouattara Yacouba, à l’AIP.

Ce manque d’eau a un impact considérable sur toute la zone

« Tous les nouveaux quartiers ne possèdent pas d’eau. En saison sèche, des robinets peuvent faire trois mois sans avoir une goutte d’eau. Il y a beaucoup de plaintes ici concernant l’approvisionnement en eau potable », a ajouté le chef du quartier Bambarasso de Dabakala, Ouattara Abdoulaye. Cette situation crée de véritables désagréments aux populations surtout aux femmes qui sont obligées de rester en alerte à tout moment pour approvisionner leur maisonnée en eau.

Les chefs de villages et de communautés remercient le gouvernement

« A partir du mois de novembre de l’année, nous commençons à rencontrer de réelles difficultés d’eau ici. Le barrage qui nous alimente est également utilisé par les paysans pour les travaux champêtres. Dans les 214 villages de Dabakala, la situation est plus grave que la ville de Dabakala. Nous ne pouvons pas comprendre que nous sommes entourés des fleuves N’Zi et la Comoé et nous avons des difficultés chroniques d’accès à l’eau », a déploré le chef de groupe de Dabakala, Inza Touré.

En plus, selon les populations, la qualité d’eau ne rassure pas. A l’instar de Dabakala, la localité de Niakara traverse les mêmes difficultés liées à la desserte d’eau. La station d’eau ne produit que 500 m3 pour un besoin de 1.781 m3, soit un déficit d’eau journalier de 72%. A ce jour, avec une population de 35.611 habitants, seuls 10.370 sont desservis en eau potable.

« L’année dernière, nous avons connu de graves difficultés d’eau. On partait s’approvisionner dans les forages ou souvent on faisait appel aux tricycles. Je payais 250 FCFA par bidon. A midi, il faut que la nourriture soit prête pour satisfaire la clientèle. Mais souvent jusqu’à 14H, par manque d’eau, elle n’était pas prête. Souvent je n’arrivais pas à vendre à cause du manque d’eau. J’étais obligée de prendre une journée pour chercher l’eau avant de préparer. Par jour, je pouvais dépenser près de 3.000 FCFA dans la recherche d’eau. Tout cela avait un impact sur mon commerce », a relaté la restauratrice Koné Florentine.

Devant la plupart des habitations, sont construits des forages pour la desserte d’eau. Des hôtels et lieux de commerces visités par l’AIP rencontrent également de sérieux problèmes d’eau pour bien mener leurs activités. En plus, la qualité du liquide qui sort du robinet reste à désirer, selon les populations.

Les femmes sont heureuses pour ce projet qui mettra fin à leur souffrance

« Nous avons des shampoings à faire. A cause du manque d’eau, chaque cliente se débrouillait pour laver sa tête avant de venir au salon. Au salon, tout ce qui concernait l’eau, on ne faisait pas. Je perdais la clientèle de shampoings, de pédicure. Mes enfants partaient en retard à l’école à cause de ce problème d’eau. Souvent, nos maris partaient au travail sans se laver », a insisté Coulibaly Kadidja Philomène, propriétaire d’un salon de coiffure à Niakara.

Même si la situation de la déserte connaît un début de solution depuis la visite d’Etat du président de la République en fin novembre 2019, les populations gardent toujours de mauvais souvenirs des années antérieures.

« Actuellement, nous avons de l’eau dans les robinets même si les populations se plaignent de la qualité. En 2017, 2018 et 2019, le problème d’eau était un calvaire dans le département de Niakara. Il fallait aller dans des rivières pour s’approvisionner d’où les nombreuses maladies. Nous avons été déficitaires dans l’agriculture. Il y avait beaucoup de plaintes au niveau des populations», a relaté le porte-parole des chefs cantons de Niakara et membres de la chambre des rois et chef traditionnel, Koné Ali.

Toujours dans le Hambol, la ville de Katiola n’est pas en reste. Avec un besoin de 4.061 m3, la station d’eau ne fournit que 2.200 m3/j. Ce qui représente un déficit de 46% pour une population de 67.680 habitants.

« Depuis un moment, nous n’avons pas d’eau potable. Il faut dire que la station n’existe que de nom. L’eau que la population reçoit n’est pas de bonne qualité », a confié le président de l’association des chefs de la sous-préfecture de Katiola, Ouattara Wawogninin.

Comme le Hambol, la Bagoué est également frappé de plein fouet par le problème d’adduction en eau potable.

Le château d’eau de Tengrela, avec une production d’eau journalière de 850 m3, comble 21.280 habitants sur les 47.891 populations, soit un déficit de 65%. Dans cette ville frontalière, l’on constate le défilé de plusieurs jeunes filles avec des cuvettes chargées sur la tête, à la recherche d’eau.

« Pour recueillir de l’eau à Tengrela ici, il faut veiller auprès de son robinet pour avoir un peu d’eau vers 2H. En plus, l’eau ne vient pas à tout moment. Si cette situation venait à être réglée, cela nous fera beaucoup plaisir », a déclaré le président de la plateforme de la Jeunesse musulmane en Côte d’Ivoire (JMCI), Traoré Aboubacar Sidick.

Pour le représentant du Curé de Tengrela, Basile Yao, le problème d’eau est très crucial dans la localité et tout le monde souffre énormément.

« Certains quartiers traversent deux ou trois jours avant d’avoir une goûte d’eau. Cette situation crée un véritable désagrément à la population. Nous saluons ce projet qui permettra d’augmenter la capacité en adduction d’eau potable à Tengrela », a relevé Basile Yao, le collaborateur direct du Père Eric de la paroisse notre Dame de Tengrela.

A Boundiali, le problème est particulier. Selon le directeur régional de l’Hydraulique de la Bagoué, ce déficit date de plusieurs années. Le château d’eau ne fournit que 4.800 m3 pour alimenter une population estimée à 69.304 habitants, soit un 53%. En plus de la ville de Boundiali, cette station d’eau alimente les localités de Gbon, Kolia et Kouto.

«Il y a eu plusieurs projets ici mais pas de véritables solutions. Il y avait un projet qui avait été construit pour régler que le problème d’eau de Boundiali. Lorsque le projet est arrivé à terme et qu’on devrait le raccorder, on a demandé un raccordement des villes de Gbon, Kouté et Kolia car les forages qui alimentaient, ces villes avaient tari », a détaillé M. Yéo.

« Nous sommes en zone de socle et les forages ont une durée de vie limitée. La plupart des forages qui ont fonctionné depuis 20 ans ne peuvent plus avoir le même débit qu’au moment de leur inauguration. Ici, on a toujours réglé les problèmes au cas par cas », a-t-il ajouté.

Dans la plupart des localités visitées, le problème est identique. Partout dans les rues, les bassines sur la tête, des seaux et bidons en main ou dans des brouettes, les femmes en première ligne souvent accompagnées des plus jeunes passent toute la journée à la recherche d’eau, frappant à toutes les portes pour recueillir ce liquide vital.

La lutte perpétuelle pour l’acquisition de l’eau potable en quantité et en qualité suffisante offre plusieurs scènes dans ces localités. Par exemple, dès que l’eau arrive dans un point de ravitaillement de fortune, l’attente, la fatigue et l’impatience de voir son tour arrivé créent des disputes, des insultes, des bagarres et du désordre. Les plus faibles se retirent et repartent à la recherche d’autres points de ravitaillement.

Les solutions de l’Etat

Face à la détresse des populations, le président de la République, Alassane Ouattara, a instruit le Premier ministre de retrouver des solutions urgentes en attendant certains projets phares qui seront lancés incessamment.

Une UCD en construction

A ce effet, le gouvernement a donné quitus au ministre de l’Hydraulique, Laurent Tchagba, de renforcer les capacités d’eau dans toutes zones déficitaires sur toute l’étendue du territoire national par l’installation d’Unités compactes degremond (UCD).

C’est dans ce cadre que le ministre Laurent Tchagba, a conduit une mission du 25 au 27 juin 2020 successivement à Dabakala, Katiola, Niakara, Tengrela et Boundiali pour l’installation des UCD en vue de renforcer et garantir la capacité de la fourniture d’eau potable et mettre fin à la corvée des femmes.

Les UCD sont des unités de traitement d’eau potable pré-fabriquées par l’entreprise internationale Suez et posées par l’entreprise Franzetti. Elles traitent les eaux brutes de sorte à produire 100 m3/h. Selon le ministre, chaque UCD produit en moyenne 2000 m3/jour, ce qui permettra aux populations de ces localités de disposer d’eau potable 24/24H.

Dans la localité de Dabakala, le jeudi 25 juin 2020, le ministre Tchagba a lancé les travaux de l’UCD, d’un coût de 394.160.483 F CFA pour renforcer la production d’eau produite par jour par l’ancienne station, soit de 2000 m3/j à 2.660 m3/j, en vue d’alimenter une population locale estimée à 66.581 habitants.

Au delà de ce projet, le ministre Tchagba annonce un financement obtenu par l’Etat d’eximbank Chine. Cet autre projet démarrera dès septembre à Katiola en vue de résorber définitivement le déficit d’eau dans le Hambol. « D’ici fin 2021, le problème d’eau ne se posera plus à Dabakala. Les populations auront l’eau et seront sécurisées jusqu’en 2045 », a promis Laurent Tchagba.

A Katiola, l’installation de l’UCD, d’un coût de 552.689.627 FCFA, viendra augmenter la capacité de production en eau qui était de 2200 m3/j à 4.200 m3/j, pour soulager totalement une population estimée à 67.680 habitants.

Quant à Niakara, l’UCD coûtera 442.940.853 FCFA et viendra combler le déficit en eau de 72% avec une production de 2000 m3/j. Cette capacité connaîtra une hausse de 500 m3/j pour atteindre une production quotidienne de 2500 m3. Ce qui permettra la poursuite de la continuité du service 24/24 h pour cette population estimée à 35.611 habitants, a fait savoir le ministre lors du lancement des travaux, le 26 juin 2020. La localité de Tortiya bénéficie également d’UCD.

Ce chantier hydraulique, qui viendra renforcer le système d’alimentation en eau de la localité, a reçu le 29 juin 2020, la visite du sous-préfet de Tortiya, Patrick N’guessan Yapi, qui s’est réjouit de la fin de calvaire annoncée des populations locales.

Dans la Bagoué, les dispositions ont été plus renforcées à cause du nombre élevé des populations à alimenter en eau potable avec deux UDC dans chacune des localités bénéficiaires.

« Lorsqu’on prend la région de la Bagoué en général, elle est confrontée à un problème de déficit avec un nombre de population élevée. C’est pourquoi, nous renforçons la desserte d’eau », a expliqué le ministre Tchagba.

A Tengrela, deux UCD d’un coût de 1,222 milliards FCFA avec une production de 4.000 m3/jour viendront s’ajouter au 850 m3/jour produits par l’ancienne station. Ce qui fera passer la production d’eau potable de Tengrela à 4.850 m3/jour pour la continuité du service pour toute la population 24/24H en vue de la satisfaction de la population estimée à 47.891 habitants.

A Boundiali, deux UDC également d’un coût de 1,005 milliards FCFA ont été installées avec une production de 4.000 m3/jour pour renforcer la production de 2.800 m3/jour de l’ancienne station. Ce qui fera passer la production d’eau potable de Boundiali à 6.800 m3/jour pour couvrir complètement le déficit qui est de 5900 m3.

Toutes ces localités parcourues avaient un déficit chronique et sévère en matière d’eau potable qui variait entre 80% et 53% selon la ville.

Les travaux consistent à la construction d’une plateforme, d’échanchéité, la réalisation de travaux hydromécaniques, la fourniture et l’installation d’une station UCD et la pose de pompes submersibles y compris toutes sujétions.

Ils visent également à l’installation d’un transformateur y compris les accessoires de poses en remplacement du poste transformateur existant, à la step et celui à l’exhaure y compris toutes sujétions.

Le ministre de l’Hydraulique a promis que la fin de l’ensemble des travaux d’installation de ces unités est prévue en début septembre 2020. « A notre niveau, nous sommes à la tâche au quotidien pour approvisionner l’ensemble de la population en eau potable sur toute l’entendue du territoire national », a déclaré le ministre Tchagba, après avoir appelé les populations à faire confiance au chef de l’Etat.

Modulaires et souples, les stations de traitement d’eau UCD s’adaptent à différentes eaux de surface. Elles mettent en œuvre des procédés de traitement performants pour délivrer, avec la plus grande fiabilité, une eau de qualité conforme aux standards européens.

Les populations et le corps préfectoral mobilisés pour la réussite du projet

« Ce projet, ce n’est pas seulement en Côte d’Ivoire. En tant que technicien, lorsqu’on était à l’école des ponts et chaussées des travaux publics, on nous a parlé de Dégremond. Maintenant que je suis devenu ministre, il est bon de tester ce que nous avons appris à l’école », a rassuré le ministre de l’Hydraulique.

Dans le monde rural, le ministre Tchagba a promis la réparation des pompes en panne et le remplacement de celles totalement usées.

« Jusqu’au mois de septembre, nous devrons être capables de réparer 70% des pompes pour que les populations aient de l’eau pour éviter d’aller vers les marigots source de nombreuses maladies », a confié le premier responsable de l’Hydraulique en Côte d’Ivoire.

Dans toutes les localités, les élus locaux et cadres ont exprimé leur reconnaissance au président de la République et au gouvernement pour cet acte de portée sociale, qui marque la fin des pénuries d’eau dans cette ville frontalière.

« En effet, dès la fin de la saison des pluies, l’accès à l’eau potable devient un parcours du combattant pour nos populations. Avec les travaux que vous allez lancer tout à l’heure, cela sera bientôt un mauvais souvenir », s’est réjoui le maire de Tengrela Ballo Bakari.

Au total, 40 unités compactes de traitement d’eau potable sont en train d’être posées dans 32 villes de la Côte d’Ivoire, pour un coût total 45 milliards FCFA.

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Entretien: Ido Adama, directeur des projets de l’ONEP/« Le taux de réalisation des travaux se situe entre 70 et 80% »

Quelle est la particularité de ce système ?

L’UCD fonctionne comme tout système de traitement. On envoie de l’eau brute, on y injecte des produits pour faire la floculation et la décantation. Et on envoie cela sur des lits de sable pour faire la filtration. A la suite de cette filtration, on injecte un désinfectant et on vient stocker l’eau dans la citerne ici appelée la bâche de reprise et qui est refoulée au château d’eau.

Avez-vous pris les dispositions pour faire face aux orpailleurs qui polluent souvent l’eau ?

Avant d’installer les unités, nous avons analysé la qualité de l’eau. Evidemment tout système à des limites. Avec les systèmes d’orpaillage, cette machine ne traite pas du cyanure. Nous devons tout faire pour sauvegarder la qualité d’eau.

Comment tous les travaux d’adduction d’eau ont été réalisés en Côte d’Ivoire ?

Le secteur de l’eau a connu une avancée notable dans les années 1970 grâce aux visites d’Etat organisées dans le temps par le Président Félix Houphouët-Boigny. Il s’est rendu compte qu’il y avait plus de localités électrifiées que de localités équipées d’adduction en eau potable. Alors en 1970 et 1972, il a lancé le programme national d’hydraulique qui devrait équiper tous les centres administratifs d’au moins un système de traitement d’eau potable notamment ici à Niakara ou vous voyez un barrage. Nous avons fait cette station en 1976. Tout était en béton. Et au fur et mesure dans l’exploitation, le système a connu un changement. Avec le changement climatique soit la qualité se détériore, soit la quantité diminue. Les anciens systèmes n’offraient pas s’adapter à la variabilité de l’eau, car c’était des unités fixes.

Quelles sont les dispositions qui ont été prises par la suite ?

Au sortir de la crise, il fallait aller à un programme d’urgence. Lorsqu’on fait des installations, c’est de 15 à 30 ans. Voyez de 1970 à 2000, toutes les stations étaient saturées. Et particulièrement en 2018, nous avons connu une sécheresse dans tout le Hambol et le Gbêkè. Donc réhabiliter encore les stations d’eau avec du béton armé demanderait entre 24 à 36 mois. Le gouvernement a saisi le ministre de l’Hydraulique pour voir comment, on pouvait avoir des unités mobiles qu’on peut monter rapidement. Voila, la spécificité de cette nouvelle station qu’on monte. En un mois, le montage est fini et on fait l’acheminement de l’eau brute pour traitement. L’emplacement à côté de la station de la Sodeci permet de gagner sur les investissements. D’où la facilitation sur les investissements.

Dossier réalisé par Soro Benjamin
(AIP)
bsp/cmas