Appel à la mobilisation contre l’hépatite virale en Afrique (Feature)

Abidjan, 28 jan (AIP)- Les participants au premier sommet africain sur l’hépatite virale, tenu du 19 au 20 janvier 2016 à Dakar (Sénégal), ont décidé d’instituer une campagne de sensibilisation contre les hépatites, dénommée “un Mois africain, et un Réseau africain de lutte contre l’hépatite virale.

Question d’assurer un “partage de connaissances en matière de recherche, de politique et de programmes en vue d’aider les personnes souffrant ou présentant un risque d’hépatite virale”, a expliqué Danjuma Adda, co-président du sommet et membre exécutif du Conseil d’administration de l’Alliance mondiale contre les hépatites pour l’Afrique.

La création de ces instruments résonne comme une réaction immédiate aux différents tableaux brossés par les spécialistes pour faire l’état des lieux de cette maladie en Afrique. A les écouter, le continent africain présente des taux de prévalence parmi les plus élevés au monde, alors même qu’ils sont sous-estimés, ajoutent-ils.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que plus de 100 millions de personnes sont infectées par les virus des hépatites B et C sur le continent africain, alors que dans la plupart des pays, la sensibilisation est faible et l’accès au dépistage et au traitement reste limité. En République démocratique du Congo par exemple, il n’existe pas de structure nationale de lutte contre cette maladie dont les taux de prévalence sont estimés respectivement à 2,3% pour l’hépatite B et 1,2% pour l’hépatite C.

“Ces chiffres, basés uniquement sur le dépistage des donneurs de sang, sont très loin de la réalité, car il n’y a pas de programme de diagnostic ciblé des populations à risque”, fait observer Patrick Kamissi, coordinateur d’une association de personnes souffrant des hépatites en RDC.

“Par exemple, ajoute-t-il, le dépistage des femmes enceintes n’est pas systématique comme c’est le cas pour le Sida. Nous avons identifié près de 400 malades, rien que dans la province du Nord Kivu à Goma”.

Selon cette même source, la situation est plus préoccupante encore quand il s’agit du traitement. “Quand tu es diagnostiqué positif, tu te débrouilles. Le médicament n’est pas disponible sur place. Si tu as les moyens, tu peux le commander à l’extérieur, à près de 600 dollars (environ 360 000 FCFA) pour une dose de six mois”, fait remarquer Patrick Kamissi.

Pour ce qui est de la Côte d’Ivoire, Mory Kamara, président de la Ligue contre les hépatites virales, déclare que le coût du diagnostic tourne autour de 100 000 FCFA (167 dollars). Quant au traitement, “il est à la charge des patients. Dans le cas de l’hépatite virale B, il s’agit du Ténofovir qui est gratuit pour les patients atteints du VIH-Sida, mais pas pour les malades d’hépatite”, affirme-t-il, ajoutant que le coût de la boîte de 30 comprimés est évalué à 300 000 FCFA (500 dollars) pour un mois. “Le patient doit prendre ce traitement durant presque deux ou trois ans, en attendant que d’autres médicaments plus efficaces soient disponibles”, témoigne Mory Kamara.

Face à ces témoignages, les participants ont souligné la nécessité de diffuser l’information, surtout qu’il y a des moyens de prévention de l’hépatite B avec des vaccins pour empêcher la transmission mère-enfant, par exemple.

Selon Souleymane Mboup, chef du laboratoire de virologie du Centre hospitalier universitaire Aristide Le Dantec de Dakar, “les hépatites sont des infections contractées très tôt dans l’enfance, souvent sans aucune manifestation, et qui se manifestent à l’âge adulte par des complications très graves et très mortelles. C’est pour ça qu’on les appelle ‘tueurs silencieux’”.

Le laboratoire bio-pharmaceutique américain, Gilead Sciences, qui a organisé et financé ce sommet de Dakar souligne que l’hépatite virale est une inflammation du foie provoquée par un virus. Les virus de l’hépatite B et C peuvent provoquer à long terme une infection appelée l’hépatite chronique qui peut entraîner des complications engageant le pronostic vital tel que la cirrhose (lésions cicatricielles au niveau du foie), l’insuffisance hépatique et le cancer du foie.

(AIP)

Amak/kp